Clément Denis – Cartographie de l’exode

J’ai découvert l’œuvre de Clément Denis à DDessin et je ne parviens pas à sortir ces visages de mon esprit.

Ces visages doubles, les traits à la fois photographiés et dessinés, sont comme bloqués entre deux temps, le présent éternel de la photographie et le dessin d’un futur à venir ou peut être d’un passé révolu. Peut-être y a-t-il ici une dissociation, entre interne et externe, entre le visage présenté à l’objectif et l’esprit, cet espace intime que nous sommes seuls à posséder face à un monde qui possède notre image, en ce que jamais nous ne pourrons nous voir comme le monde nous voit.

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Pour comprendre ces œuvres, je me suis référée au site de l’artiste. Chris Cyrille y écrit ceci : « Ces visages, tirés de vieilles photos d’exilés pendant la Seconde Guerre, se juxtaposent sans qu’aucun n’arrive à émerger et à affirmer une identité́. Dans cette série, la personne elle-même est devenue, ontologiquement insaisissable. A l’image de la figure de l’exilé, de cet être déraciné́ qui ne se fixe en aucun endroit ; pour qui, comme le notait Victor Hugo, « tous les coins de terre se valent ». On pense bien évidemment à la condition des migrants aujourd’hui mais gardons-nous de considérer les migrants comme les seuls exilés. Car à dire vrai, l’homme contemporain est lui aussi, sur certains points, un errant »

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L’exilé, celui qui est en mouvement, loin de l’endroit qu’il considérait maison, dans un lieu qu’il n’a pas nécessairement choisi. Après lecture de ce texte, je m’en tiens à cette idée d’une dissociation : l’esprit est incarné en le lieu intime de la maison en tant que foyer, loin des yeux mais pas loin du cœur, loin des yeux du monde qui nous observe surtout, mais jamais loin de nos pensées, parce qu’il est enraciné en nous et qu’il représente un rempart mental, un souvenir d’une douce chaleur qui protège face aux épreuves de la vie

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