Les marques de l’Extrême Orient à DDessin

Jeudi 22 mars, j’ai assisté au vernissage de DDessin à l’Atelier Richelieu. Je sais, je sais, ce n’est plus de toute fraîcheur mais je vais me donner une lettre d’excuse considérant que j’avais des examens et que l’université doit rester la priorité (mise à jour : 4/4/18)

Le problème avec les salons, c’est qu’il y a plein d’artistes et plein de galeries et que, dès qu’on veut en parler, on se retrouve vite perdu. Est-ce que je parle de plusieurs artistes qui m’ont plus intéressé que les autres ? Est-ce que j’essaye de faire un panorama ? Le choix a fini par se présenter de lui-même à force de tourner dans les salles et de voir un élément que je connais plutôt bien revenir chez plusieurs artistes : l’extrême orient. Je n’oserais pas dire que je suis spécialiste mais j’apporte suffisamment d’intérêt à ces cultures depuis l’âge de sept ans pour considérer que je sais de quoi je parle. Pour garder un semblant d’organisation, allons donc de galerie en galerie et d’artiste en artiste.

Commençons par le plus évident : venue à Paris depuis Osaka, la galerie Maison d’art présentait plusieurs artistes qui ont attrapé mon intérêt. Viriyah Edgar Karet, avec sa série des « Passages », nous présente des œuvres dont les paysages sont composés de lignes propres et dures, habités de rares personnages à la présence puissante : une femme au visage caché derrière son ombrelle, un être au visage couvert d’un masque de démon, ou un démon lui-même, s’éloignant d’un torii et semblant avancer avec lenteur dans l’eau ou encore un moine se laissant brûler, le dos droit et fier, sous le kanji de la mort. Au final, une forme silencieuse mais puissante de religion semble émaner de ces œuvres.

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Viriyah Edgar Karet, Œuvres tirées de la série « Passages », encre de chine sur papier aquarelle

La galerie présentait également l’artiste Mayumi Konno. J’ai un problème lorsque j’entends les gens parler de style « manga » car, au final, c’est un stéréotype qu’ils imaginent et non pas la réalité qu’est la diversité des styles des mangakas. Mais Mayumi Konno est probablement une de ces artistes dont le trait rentre dans l’idée que l’on se fait du stéréotype. Je me rappelle que ce style était pas mal à la mode dans le monde du manga quand j’étais au collège : des jeunes filles cheveux noirs, à la frange droite, semblant particulièrement tristes et plongées dans un univers assez oriental. N’allez pas croire que je considère l’œuvre de Mayumi Konno comme un stéréotype qui ne vaut pas le détour. Ses œuvres ont un côté extrêmement doux, diffusé, très agréable à regarder et ses personnages semblent nous transpercer, presque nous juger, de leur regard. J’ai particulièrement aimé l’œuvre Fragment avec ses morceaux de cadres flottants, ses rubans et le regard épuisé de sa protagoniste, comme la métaphore d’un cœur brisé.

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Mayumi Konno, Fragment, acrylique sur toile

Représentées par la galerie 24 Beaubourg, deux artistes m’ont interpellée. Tout d’abord, Ece Clarke, artiste turque travaillant, notamment, la technique de l’estampe, elle use de cet art ancestral pour rendre des motifs abstraits et intemporels à la recherche de l’« objet-substantiel », symbole de l’Infini et recherchant « le passage de l’espace-plan à la tridimensionnalité ».

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Ece Clarke

De cette galerie, j’ai cependant plus encore été attirée par l’art d’Aurélie Dubois, « artiste de garde ». Travaillant des « thèmes aussi divers que les réprouvés, les sexualités, les pulsions, la nature, les animaux ou encore le corps humain » (je cite ici le dépliant de la galerie). J’ai vu certaines de ses œuvres dès l’instant où j’ai posé le pied dans la pièce où elle était exposée : ses œuvres tirées de la série « Le Bout du Tunnel – je ne veux pas que les animaux meurent » sont dès plus probablement inspirées du manga d’horreur japonais avec ses fillettes aux longs cheveux noirs et aux corps altérés, scarifiés jusque presque au-delà de l’humanité ou peut-être, au contraire, représentatif de la noirceur de l’humain. On retrouve cette innocence détruite et violenté du genre de l’horreur qui, rappelons-le, avait à l’origine pour public cible un public féminin, ce qui pourrait nous donner une couche de lecture supplémentaire considérant que l’artiste elle-même est une femme et au regard des thèmes qu’elle exploite dans son œuvre.

Aurélie Dubois, Liens Interrompus et La Protection du Gardien

Représentée par la galerie Larnoline, Gaël Davrinche nous présente ce qui semble être de superbes encres de fleurs renvoyant d’une certaine manière aux calligraphies et à l’art de l’ikebana, cet art de l’arrangement floral allant bien au-delà de la beauté des fleurs dans la recherche du microcosme le plus harmonieux possible.

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Gaël Davrinche, Amaryllis équestre et Camélia Japonica

Ayako David Kawauchi … Comment vous expliquer ? L’artiste était présentée par la Galerie Detais et son œuvre est porteuse d’une profonde douleur, d’une douleur qui met mal à l’aise quand on se retrouve en face d’elle. Je reregarde la photo que j’ai prise d’un de ses dessins et je ne parviens pas à exprimer ce que je ressens à part une forme d’anxiété. Je vais donc plutôt citer Léa Bismuth, qui a rédigé un texte sur le travail de l’artiste, pour vous faire comprendre son travail : « Sont-ce ces éphémères qu’Ayako David-Kawauchi nomme aussi « les êtres mis à nu par la guerre économique », les victimes de la misère sociale ou encore de catastrophes comme celle de Fukushima ? L’artiste rend hommage à ces figures malmenées : mais, sans misérabilisme, si elle les présente dans leur nudité, c’est pour mieux révéler leur pouvoir de régénération ». Et il est vrai que, face à cette vague qui semble sur le point de noyer le Mont Fuji, cette enfant vêtue de blanc regarde droit devant, semblant prête à affronter les éléments comme s’ils n’étaient non plus un danger mais l’annonce d’une catharsis, d’une purification de la misère subie …

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Ayako David Kawauchi

Pour finir sur une note plus joyeuse, j’ai beaucoup apprécié l’œuvre d’Andrea Saltini, présentée par la Galleria Rizomi de Parme. Influencée à la fois par l’Orient et l’Occident, son œuvre est éclectique et contemporaine tout en rappelant les chefs d’œuvres du passé. Notons tout particulièrement sa reprise du Narcisse du Caravage qui ne voit plus le reflet du plus beau jeune homme au monde mais d’une culture représentée par un homme qui semble être un sumotori, sport traditionnel ô combien important dans la culture japonaise. Derrière lui, un autre homme semble se faire seppuku (rappelons que les arbitres de ce sport avaient traditionnellement obligation d’accomplir cet acte s’ils commettaient une faute d’arbitrage). Mais l’artiste présente également des œuvres plus éclectiques encore ou bien plus traditionnelles – les photos ci-dessous sont présentées dans l’ordre de présentation par le texte.

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Andrea Saltini

 

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