Une Afrique plurielle à la Fondation Clément

Blottie dans un recoin de l’historique Habitation Clément, l’espace d’exposition de la Fondation Clément, associée pour l’occasion à la Fondation Dapper, accueille jusqu’au 6 mai l’exposition « Afriques, Artistes d’hier et d’aujourd’hui », sous le commissariat de Christiane Falgayrettes-Leveau, directrice du musée Dapper et cofondatrice, avec son époux, de la fondation du même nom. 

C’est annoncé d’entrée de jeu et démontré par les multiples œuvres de l’exposition : son objectif est de témoigner de « la richesse d’une Afrique plurielle ». Ce sont des trésors de l’histoire et des chefs d’œuvres d’aujourd’hui qui nous sont présentés et la scientifique en moi les a adorés.

Pour l’art d’hier, ce sont pour l’essentiel des sculptures et des masques qui sont exposés. Certains types, je les connaissais pour les avoir découverts en troisième année de licence durant le séminaire lié au arts de l’Afrique – et l’on ne s’arrêtera jamais de désespérer qu’un continent entier puisse être abaissé à un seul cours – mais je ne les avais pas nécessairement déjà vu autrement qu’en photo et je dois dire une chose : soit les photos n’étaient pas de la meilleure qualité, soit ma mémoire n’est pas parfaite – on accusera bien ce qui nous arrangera le plus – mais je ne me rappelais pas à quel point ces créations sont des chefs d’œuvres de détails, même pour celles qui ont pourtant volontairement des traits grossiers. J’ai aussi découvert les bras levés et, comme je n’y connaissais rien, ils m’ont essentiellement bien fait marrer parce que je les imaginais en train d’apprendre une bonne nouvelle. Après recherche, il s’agirait d’un appel à la pluie ou encore d’une représentation de Nommo, génie ancestrale dans les croyances dogon, et de sa relation avec Amma, le créateur – mais si quelqu’un a une autre explication, je suis toute ouïe.

 

Tellem ?/Dogon, Mali, Statuette autel, bois et matières sacrificielles, XVIe – XVIIe siècle (datation au C14), Fondation Dapper, Paris

               Pour l’art contemporain, je me suis fait un vrai plaisir, particulièrement face à l’art engagé, qui m’a toujours donné l’impression d’être particulièrement esthétique dans l’art provenant d’Afrique – sachant que je ne suis pas spécialiste de l’art contemporain africain. Je voulais parler ici de quelques œuvres qui m’ont particulièrement marquée.

Tout d’abord, You can see after d’Omar Ba. Citons d’abord le texte de l’exposition, qui a le mérite d’être d’une grande clarté : « Peut-être assiste-t-on ici à une scène d’apocalypse des temps modernes : la figure centrale, une tête de vautour, constitue une métaphore du pouvoir impitoyable exercé par des dirigeants qui abusent leurs peuples. Les minuscules figures noires, qui se pressent et se tordent sur un fond rouge quadrillé, évoque un monde en destruction qu’il faut fuir coûte que coûte ». De tous les rapaces, terme ayant lui-même un sens des plus négatifs, le choix du nécrophage est une accusation profondément symbolique des débordements du pouvoir, si imagée ici qu’elle dénonce sans désigner spécifiquement et, ainsi, tous les pouvoirs sont envisagés comme potentiellement destructeurs. Si nous y ajoutons ce quadrillage rouge sang, semblable aux plateaux des jeux de stratégies, alors nous pouvons y voir l’entre-destruction des peuples par les guerres. Enfin, ces formes en fond semblent être, elles aussi, des têtes de vautour, aussi destructrices que celle qui nous fait fasse et leur quantité donnant l’impression d’une forme d’inéluctabilité.

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Omar Ba, You can see after, gouache, crayon et encre de chine sur papier ondulé, 2014

Silhouette effacée, de Freddy Tsimba, est un autre rappel des guerres incessantes. « C’est un hommage à la femme qui, malgré les guerres, le chaos et les souffrances, résiste et maintient les valeurs de la famille et de la communauté » (description par la Fondation Clément). Faite de capsules de bière compressées semblables à des balles, ce dos sans membres et marqué de vides comme autant de blessures est celui d’une mère-rempart qui protège ses enfants de son corps, ses courbes sont celles qui nous renvoient avec nostalgie à une chaleur qui apaisait nos larmes, ce métal est celui de l’armure d’une guerrière qui se bat pour les siens. C’était probablement une œuvre semblable de Freddy Tsimba – ou était-ce là même – que j’avais vu de loin à l’AKAA en 2016 et qui m’avait marquée avec durée.

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Freddy Tsimba, Silhouette effacée, capsules de bière, 2014

J’aurais aussi aimé parler de Purification XXX de Barthélémy Toguo mais je préfère laisser l’image parler d’elle-même, essentiellement parce que la puissance de cette aquarelle m’a prise aux tripes d’une manière que je ne crains pouvoir retranscrire …

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Barthélémy Toguo, Purification XXX, aquarelle sur papier marouflé sur toile, 2013

L’Afrique est variée, plurielle, créative, elle l’a toujours été et elle l’est aujourd’hui encore. Mais il semblerait qu’il soit de notre devoir de le rappeler, face à un monde qui voit trop encore le continent des premiers hommes comme un continent primitif et sauvage, en opposition à une prétendue supériorité de l’Occident que certain voudrait lui prêter mais qui n’est rien d’autre qu’une illusion, une image en toc.

 


Cet article est dédicacé à mon cher papa qui nous a offert un très beau voyage en Martinique mais qui n’a pas pu voir grand chose de l’exposition

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